Dans l’imaginaire collectif, le Saint Graal représente une énigme entourée de légende, un objet de pouvoir mystique et sacré qui a fasciné l’humanité pendant des siècles. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce calice ? Et où pourrait-il se trouver aujourd’hui ?
Nommer le Saint Graal évoque immédiatement légendes et histoires mystérieuses, liées, d’un côté, aux chevaliers de la Table Ronde et, de l’autre, à l’exotérisme et à tout un fil narratif et cinématographique qui s’est approprié, à des degrés divers, ce symbole et d’autres de la chrétienté. Parce que le Graal est avant tout cela, un objet qui nous relie à Jésus, en particulier à la Cène. Il s’agirait en effet de la coupe où Jésus but, la coupe qu’Il offrit à Ses disciples en les invitant à boire Son sang, dans l’institution de l’Eucharistie. Dans ce même calice, Joseph d’Arimathie, l’homme qui recueillit le corps de Christ déposé de la Croix, conserve quelques gouttes issues de la blessure infligée par la lance de Longinus dans les côtes de Jésus.
Disons qu’il “devrait être”, car tout ce qui concerne le Graal est fruit d’une légende transmise depuis des siècles, qui, au cours du temps, s’est enrichie et a donnée vie à une des énigmes les plus fascinantes de l’histoire.

Les événements de la Passion de Jésus : de la Cène à Sa crucifixion
La Passion de Jésus est le moment le plus haut et le plus terrible de…
Le voyage du Graal à travers le temps est un mélange complexe de mythe, religion et littérature qui a fasciné des générations d’érudits, écrivains et passionnés de mystère. Innombrables sont les écrivains, les poètes, les artistes qui ont contribué à l’évolution de cette tradition, à partir des légendes médiévales européennes, en particulier du Cycle Arthurien. Dans les histoires du Roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde, le Graal est reconnu comme la coupe sacrée utilisée par Jésus lors de la Cène et, ensuite, amenée en Bretagne. En particulier, dans le recueil d’histoires appelée Cycle du Graal, écrite principalement entre le XIIe et le XIIIe siècle par les poètes Chrétien de Troyes, Robert de Boron et d’autres, on parle justement de la recherche du Graal, symbole de la sacralité et de la chevalerie, conservé par un mystérieux gardien, souvent appelé le Roi Pêcheur.
Il n’existe pas qu’une seule version de la légende du Graal. Au cours du temps, de nombreuses théories sur la signification du Graal ont été proposées, allant de son interprétation comme symbole chrétien du salut à son association avec d’anciens mythes et rituels païens. Certains érudits ont envisagé que le Saint Calice puisse avoir été inspiré par d’anciens mythes celtiques ou par des objets sacrés d’autres traditions religieuses. D’autres pensent que le Graal a des racines historiques et pourrait avoir été basé sur d’anciens calices ou reliques chrétiennes, comme le Sacro Catino (bassin sacré) de Gênes ou le Saint Calice de Valencia. Une autre tradition associe le Graal aux Templiers, qui en auraient été les gardiens pendant des siècles.

Symboles templiers : histoire et signification de ces symboles anciens
L’Ordre du Temple n’existe plus, mais demeure présent dans…
Indépendamment de son origine, le Graal a influencé, depuis toujours, la culture occidentale, en inspirant des œuvres littéraires, artistiques et cinématographiques jusqu’à nos jours. Sa nature énigmatique et sa signification symbolique continuent de stimuler la fantaisie et l’imagination de millions de personnes autour du monde.
La légende du Saint Graal
Dans les anciennes sagas celtiques et dans toutes les traditions mythologiques de chaque culture, il existe des récits qui présentent des thèmes semblables à ceux associés avec le Graal. Ces récits impliquent souvent un héros qui entreprend un voyage périlleux dans un autre monde, un royaume magique ou une dimension parallèle à la nôtre, où il affronte des épreuves et rencontre des figures mystérieuses. Souvent, lors de ces voyages, il est soutenu par une coupe ou une assiette magique qui lui fournit de la nourriture inépuisable ou possède des pouvoirs curatifs, symbole de la nature spirituelle ou de l’abondance divine. Selon certains experts, le Graal pourrait être né dans ce contexte, comme objet final de la recherche de la signification la plus profonde de la vie, de la sagesse et de la connexion avec le divin. Non seulement un objet physique, donc, mais aussi et surtout un symbole, chargé de signification spirituelle et métaphysique. Sa recherche devient donc un voyage intérieur à la recherche de la connaissance, de la transformation et de la réalisation personnelle, comme c’était typique des traditions celtiques, qui exprimaient souvent un lien profond avec la nature, la spiritualité et la sagesse ancestrale.
Le mot « gral » ou « graal » pourrait dériver du latin « gradalis », qui signifie simplement « vase ». Toutefois, après la diffusion des romains arthuriens, où pour la première fois la coupe est associée à celle utilisée lors de la Cène de Jésus-Christ, la signification du terme s’est enrichie de nouvelles nuances. En particulier, « san greal » (Saint Graal) et « sang real » (sang réel). Ces termes français ont généré de nouvelles interprétations et signification et relié de plus en plus le Graal à la sacralité et à la spiritualité, ainsi qu’à l’idée du sang de Christ.
Mais avant même les romains français, des références à l’hypothétique calice utilisé par Jésus lors de la Cène apparurent dans des textes italiens, comme la Legenda Aurea (Légende dorée) de Jacques de Voragine, qui en 1260 racontait comment les Génois, lors de la première Croisade, avaient trouvé la coupe mythique. Ce fut justement un condottiere génois, Guglielmo Embriaco Testadimaglio, qui combattit à côté de Godefroy de Bouillon pour libérer Jérusalem, qui récupéra le Sacro Catino, un vase sculpté dans une pierre vert brillant et translucide, conservé encore aujourd’hui au Musée du Trésor de la Cathédrale Saint-Laurent de Gênes.

Dans le roman Perceval ou le Conte du Graal, écrit par Chrétien de Troyes au XIIe siècle, fait son apparition une coupe précieuse, conservée dans le château du Roi Pêcheur avec d’autres reliques sacrées. Il s’agit encore d’une coupe de l’abondance, comme celles présentes dans les anciens mythes celtiques et on ne mentionne pas la coupe de la Cène. Le Roi Pêcheur ou Roi Blessé a été puni pour ses péchés passés par une terrible infirmité aux jambes que personne ne peut soigner. Comme conséquence de cette blessure, sa terre s’est transformée en un lieu désert et stérile : la terre guaste. Selon certaines traditions, ses jambes auraient été blessées par la Lance du Destin, i.e. la Lance de Longinus. La légende veut que seul un chevalier puisse sauver le Roi Pêcheur, mais personne n’y parvient. Même Perceval, le héros du roman, tente en vain de briser le sort, sans comprendre que le seul moyen pour sauver le Roi Pêcheur est justement de lui poser des questions sur les reliques qu’il conserve dans son château.
Ensuite, Robert de Boron écrivit un roman au titre de Joseph d’Arimathie, dans lequel apparaissent de nouveau le Roi Pêcheur et la coupe mystérieuse, le Graal, qui, pour la première fois, est associé au sang de Christ. Ici le Roi Pêcheur s’appelle Bron, nom qui renvoie à Bran, mythique géant roi de Bretagne dans la mythologie Celtique. Ce dernier est décrit comme le beau-frère de Joseph d’Arimathie, le premier gardien du calice où Christ offrit Son sang lors de la Cène. Se déligne ainsi la légende d’une lignée de gardiens du calice, qui se le serait transmis au cours des siècles en le protégeant.

D’autres auteurs médiévaux, comme Wolfram von Eschenbach, contribuèrent à la progressive christianisation du symbole du Graal, mais ce n’est qu’avec les romans du cycle arthurien qu’on le retrouve avec un rôle d’importance, comme objet de la recherche de nombreux chevaliers. Certains d’entre eux le trouvèrent après un long voyage, comme Perceval ou Galaad, innocents et purs, tandis que d’autres, comme Lancelot, échouèrent et furent, d’une certaine manière, maudits. Le Roi Pêcheur aussi revient dans le cycle arthurien, et la recherche du Saint Graal est souvent associé à son nom. La légende du Saint Graal continue à être un thème de récits et d’études au cours des siècles. Avec le temps, il prend des connotations de plus en plus précises, en devenant une relique miraculeuse capable de soigner blessures et maladies et de rendre immortel celui qui boit de sa coupe.
La fiction moderne a ressorti le mythe du Graal, surtout après la sortie de l’essai L’énigme sacré, écrit par Michael Baigent, Richard Leight et Henry Lincoln, et publié en 1982. Selon cette étude, le Graal serait en réalité la descendance de Jésus et de Marie Madeleine, Sa femme, débarquée en Normandie après Sa mort. Le sang sacré de Christ coulerait dans les veines des premiers rois Francs et le Saint Graal ne serait pas une coupe, mais son contenu, le sang réel des Français.
À la recherche du Saint Graal
La question du lieu où se trouve le Saint Graal fait l’objet de spéculations, mythes et légendes qui puisent leurs racines dans l’histoire, dans la littérature et dans la culture populaire. Toutefois, il n’existe pas de réponse définitive ou de preuve tangible de son actuel emplacement.
Dans le roman de Wolfram von Eschenbach, le Graal était conservé dans le château secret de Munsalvaesche, connu également comme Montsalvat ou Montsalavage, demeure de Titurel, le premier roi du Graal. Ce lieu mystérieux est décrit comme le « mont du salut », un refuge sacré où le Graal était vénéré et protégé.
L’identification de Montsalvat avec le Monastère de Montserrat de Catalogne a été suggérée par certains experts, puisque Montserrat, avec son atmosphère mystique et sa position isolée sur une montagne, semble correspondre à l’imaginaire du château du Graal décrit par Wolfram von Eschenbach.
En réalité, dès le Moyen Âge, des théories plus ou moins fantaisistes sur où le Graal aurait pu être conservé ont vu le jour. Arculfe, pèlerin anglo-saxon du VIIe siècle, raconta avoir vu et même touché un calice en argent conservé dans un reliquaire près de Jérusalem. Un autre témoignage, cité dans un roman du XIIIe siècle, place le Graal, ou une copie, à Constantinople. Volé pendant la quatrième croisade, il aurait été amené en France pour ensuite disparaitre lors de la Révolution française.

À Gênes, au Musée du Trésor de la Cathédrale Saint-Laurent, est conservé, comme déjà mentionné ci-dessus, le Sacro Catino, amené dans la ville ligure après la Première croisade, tandis que dans la cathédrale de Valencia se trouve le Santo Cáliz, une relique mystérieuse que le roi Martin Ier d’Aragon reçut en cadeau du monastère de San Juan de la Peña.
Le lien avec le Saint Suaire
Certains experts modernes, parmi lesquels Daniel Scavone, ont envisagé un lien entre le mythe du Graal et le Saint Suaire. Selon cette théorie, le Suaire, le drap offert par Joseph d’Arimathie qui aurait enveloppé le corps sans vie de Jésus, serait le véritable Graal, puisqu’imprégné de Son sang. Les nouvelles relatives à cette relique se seraient ensuite confondues avec les siècles, en s’enrichissant de détails non véridiques et en donnant lieu à la légende de la coupe. Selon Scavone, Joseph d’Arimathie ne se serait jamais rendu en Bretagne, comme le veut la tradition, mais à Édesse, en Haute Mésopotamie, dont le palais royal s’appelait Britio, et aurait été le lieu où le Saint Suaire fut conservé entre le VIe et le Xe siècle. Du terme Britio, on déduisit, de manière erronée, que Joseph s’était rendu en Bretagne. Même cette fascinante théorie demande d’ultérieurs approfondissements et recherches pour être confirmée ou démentie définitivement.

Le Saint-Suaire : que savons-nous jusqu’à aujourd’hui
On dit qu’il s’agit du linceul qui a enveloppé le corps de Christ après la descente de la croix…

















