Fête de la Bruna : la tradition liée à la Sainte Vierge protectrice de Matera

Fête de la Bruna : la tradition liée à la Sainte Vierge protectrice de Matera

Le 2 juillet, Matera célèbre la Fête de la Bruna, une célébration ancienne qui combine dévotion, folklore et traditions anciennes. Voyons pourquoi le char de la Bruna est détruit chaque année.

La Fête de la Bruna, dédiée à la Madonna della Bruna, protectrice de la ville de Matera, est l’une des traditions religieuses et populaires les plus anciennes et les plus appréciées dans cette ville de la Basilicate. Elle se déroule chaque année le 2 juillet et a des origines très anciennes, qui mélangent rites sacrés et traditions profanes. La fête combine dévotion religieuse et rites agricoles de remerciement et invocation pour la fertilité de la terre et le bien-être du bétail.
La fête fut instituée en 1389 par Pape Urbain VI, archevêque métropolite d’Aceranza e de Matera. Le choix de la date, le 2 juillet, s’explique par la concomitance avec la fête de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie, commémorant la visite de cette dernière à sa cousine Élisabeth, peu après avoir reçu l’annonce de l’archange Gabriel lui révélant sa future maternité. Ensuite, au XXe siècle, la Fête de la Visitation fut déplacée au 31 mai, mais Matera maintient son usage de célébrer la Madonna della Bruna en juillet.

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La Madonna della Bruna

Les origines de la Fête de Notre-Dame-la-Brune puisent leur racines dans le folklore de cette région suggestive. Il existe différentes versions, toutes fascinantes, qui se sont enrichies de détails de plus en plus pittoresques au cours des siècles.
La signification du nom attribuée à la fête, Madonna della Bruna, fait également l’objet de différentes interprétations. Une des hypothèses les plus accrédités le relie au terme lombard brùnja, qui signifie « cuirasse » ou « armure », symbole de protection. En ce sens, la Vierge serait vue comme défenseur et protectrice de la ville de Matera. Une autre théorie associe le nom à la ville de Hébron en Judée, lieu de visite de la Vierge Marie à sa cousine Élisabeth, et suivrait le lien entre la Fête de la Bruna et celle de la Visitation. Enfin, une hypothèse moins accréditée, mais suggestive, fait référence à la couleur sombre du visage de la Vierge dans le portrait qui la représente, et qui pourrait peut-être la relier à la tradition des Vierges Noires.

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Les origines de la Fête de la Madonna della Bruna sont entourées de différentes légendes. La plus populaire raconte l’histoire d’un paysan qui, alors qu’il rentrait chez lui, rencontra une femme mystérieuse qui lui demanda de l’emmener à Matera. L’homme, généreux, la fit monter sur sa charrette, mais, lorsqu’ils arrivèrent au quartier de Piccianello, la femme se révéla être la Vierge Marie, mère du Christ. Elle aurait confié au paysan stupéfait un message pour l’évêque de la ville, demandant que chaque année, les citoyens la conduisent dans les rues sur une charrette décorée. Lorsque l’Évêque se précipita à l’endroit où le paysan avait laissé la femme, suivi de tous les habitants de Matera, ils n’y trouvèrent guère qu’une statue représentant la Vierge. Ainsi, obéissant à la demande de Marie, ils la chargèrent sur un char décoré et la conduisirent en triomphe dans la ville.

Une autre légende relie la Madonna della Bruna aux invasions arabes dans cette région et explique pourquoi, à un certain point de la Fête, le char qui transporte la sainte effigie doit être détruit. Pendant un terrible siège de la part des Sarrasins, ne voulant pas que la statue de la Vierge tombe entre les mains des envahisseurs, les habitants de Matera détruisirent eux-mêmes le char.

Comment se déroule la fête de la Madonna della Bruna

Neuf jours avant la Fête du 2 juillet, le 23 juin, débute le novénaire, une pratique dévotionnelle adressée à la Vierge Marie, d’une durée de neuf jours, en préparation aux célébrations. Les habitants de Matera complètent la préparation du char, réalisé de nos jours en papier mâché par les meilleurs artisans de la ville, qui est béni par l’Évêque. La préparation du char dure un an entier.

La véritable fête commence aux premières heures du 2 juillet, à 4h30, avec la messe en plein air, place Saint François d’Assise, éclairée par la lumière suggestive de centaines de cierges allumés. Ensuite, la Procession des Bergers commence, une tradition qui puise ses racines en 1698 avec la création de la Confrérie des Bergers, qui, depuis 1698, s’occupe de l’entretien de l’autel de la Madonna della Bruna et aide les jeunes filles défavorisées. Aujourd’hui comme autrefois, les Bergers transportent la statue de la Madonna della Bruna à travers la ville, accompagnés par des pétards, des feux d’artifice et des fusées lancés par les jeunes, très nombreux tout au long du parcours. La procession se termine à l’église de Saint François de Paule, où une deuxième messe est célébrée.

Dans l’après-midi, une deuxième procession a lieu, de la Cathédrale à l’église paroissiale du quartier de Piccianello. Les Chevaliers de la Bruna escortent le carrosse qui transporte l’effigie de la Très-Sainte Vierge Marie de la Bruna, et un deuxième carrosse, sur lequel voyagent l’Archevêque et l’image de l’Enfant Jésus. Marie et l’Enfant Jésus voyagent séparément pour évoquer la Visitation, moment où Jésus n’était pas encore né, mais grandissait déjà dans le ventre de Marie.
Arrivées au quartier de Piccianello, les deux statues sont déposées à l’église paroissiale de Piccianello et ensuite amenées séparément au grand char en papier mâché, sur lequel elles sont réunies entre l’exaltation générale. Le char est amené à bras jusqu’à Place Marconi. Au coucher du soleil, il est tiré par huit mulets et accompagné par une grande foule et toutes les autorités locales jusqu’à Place Duomo. Ici, escorté par les chevaliers, il effectue trois tours complets autour de la place. Enfin, la destruction du char débute, Place Vittorio Veneto. Juste avant, la statue de la Vierge Marie est replacée dans la cathédrale, en lieu sûr. C’est alors que commence le « strazzo », la destruction du char : tous les participants se jettent sur la machine dévotionnelle et la mettent en pièces, cherchant à en récupérer un fragment, gage de chance et de prospérité.

La Fête de Notre-Dame-de-la-Brune se termine au soir, avec un grand feu d’artifice.

Le char de la Madonna della Bruna

La tradition du carro navalis, la grande machine baroque utilisée pour transporter Notre-Dame-de-la-Brune, et qui, à un moment donné de la fête, finie détruite, est l’un des éléments qui se sont ajoutés à la Fête de la Bruna au cours des siècles. Des anciennes traditions d’origine grecque étaient déjà répandues dans le bassin méditerranéen dans les temps anciens et prévoyaient l’utilisation de chars triomphaux, semblables à des navires sur roues, lors des célébrations solennelles.

Déjà au XVIe siècle, un char triomphal en bois était conduit à travers les rues de la ville, décorés et accompagné par des chevaliers en habits colorés. Le triomphe de la Vierge était souligné par des feux d’artifices et des luminaires, comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Actuellement, le char triomphal est réalisé en papier mâché, utilisé pour transporter les statues de la Madonna della Bruna et de l’Enfant Jésus en procession solennelle à travers les rues de la ville et, une fois arrivé sur la place, entièrement détruit.

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La destruction du char de la Madonna della Bruna n’est pas simplement un moment spectaculaire de grande participation populaire, mais représente également un cycle symbolique de naissance, mort et renaissance. La construction du char triomphal, réalisé avec grande maîtrise et dévouement, représente le début d’un nouveau cycle. Chaque année, le char est créé avec des décorations uniques et artistiques qui symbolisent une nouvelle phase de dévotion et de célébration. La destruction du char, qui a lieu lors du strazzo, Place Vittorio Veneto, représente la phase de la mort. Ce moment dramatique et chaotique, où le char est attaqué et démembré par la foule, symbolise la fin d’un cycle et l’acte de laisser aller l’objet de la dévotion. Après la destruction, la fête continue avec la préparation pour le nouveau cycle de l’année suivante. La renaissance est représentée par la création d’un nouveau char et par le retour de la Madonna della Bruna, qui renouvelle l’espérance et la foi en la communauté.
Ce cycle reflète d’anciennes croyances et pratiques qui voient la destruction comme un passage nécessaire pour la renaissance et la régénération.