Notre-Dame de la Consolation : un symbole éternel pour Reggio de Calabre

Notre-Dame de la Consolation : un symbole éternel pour Reggio de Calabre

Notre-Dame de la Consolation : un symbole éternel pour Reggio de Calabre. Voici comment la Mère visite ses fils aimés chaque année.

À Reggio de Calabre, la foi a un visage. Ce n’est pas un concept abstrait, ni un mot à répéter dans les homélies. C’est un visage qui console, un visage qui écoute. C’est le visage de la Consolatrice des Affligés, la « Maman » de cette ville, la Sainte Patronne, la Dame vêtue d’or qui, depuis des siècles, veille sur les maisons, sur les mers inquiètes, sur les vies fatiguées et sur les joies inattendues de qui habite sur cette bande de terre donnant sur le détroit de Messine. Ce n’est qu’une autre manière pour appeler la Sainte Vierge. Ici, la dévotion n’a jamais été une affaire privée. C’est le sang qui coule dans les veines de la ville, c’est la mémoire collective, un rituel partagé. Notre-Dame de la Consolation n’est pas simplement une image sacrée : il s’agit d’une présence réelle, qui descend dans les rues, qui se laisse toucher, à son passage on peut pleurer, crier, pour ensuite s’apercevoir qu’une douce bénédiction est descendue pour apaiser toute inquiétude. C’est la mère qui ne juge pas, qui n’oublie pas. La ville lui parle, chante des louanges en son nom, la porte sur ses épaules. Et chaque année, ce pacte d’amour se renouvelle. Avec la même ferveur, avec la même émotion qui tremblait dans les yeux de nos arrière-grands-parents.

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Les fêtes dédiées aux Saints dans le Sud de l’Italie sont un véritable patrimoine d’histoire, de folklore et d’art. Feux d’artifices sur la mer, processions à travers les villages et la campagne, tables garnies de plats typiques et anciennes prières murmurées sous un ciel d’été. Les fêtes patronales sont bien plus que des célébrations religieuses : ce sont des moments d’identité collective, où foi, folklore et convivialité s’entremêlent dans un rituel qui traverse les siècles. Il en va de même pour la fête de Notre-Dame de la Consolation.

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Quand fête-t-on Notre-Dame de la Consolation ?

Il y a un endroit, à Reggio de Calabre, où le ciel semble se rapprocher, où l’air a le parfum du silence et où chaque pas resonne comme une prière. C’est là, sur la colline qui surplombe la ville et la mer, qui surgit la Basilique de l’Eremo, demeure de Notre-Dame de la Consolation la plupart de l’année.
Ce n’est pas seulement une église. C’est le cœur caché de la dévotion de Reggio, un sanctuaire qui conserve l’attente, l’espérance, la promesse. Elle a été construite à côté du couvent des frères Capucins, qui se sont installés en ville en 1532, en amenant avec eux la simplicité et la force du message franciscain. À cette époque-là, à l’endroit où la Basilique se dresse actuellement, surgissait une petite chapelle. Ensuite, le tableau commandé par le noble Camillo Diano au peintre local Nicolò Andrea Capriolo est arrivé. Et la dévotion a pris forme, visage, couleur.
La première église a résisté pendant des siècles, mais le tremblement de terre de 1908 l’a compromise. La chapelle, pas l’esprit. Et c’est ainsi qu’en 1965, une nouvelle Basilique voit le jour. Moderne dans ses lignes, mais ancienne dans l’âme. Conçu par l’architecte Anna Sbarracani Anastasi, le bâtiment accueille aujourd’hui non seulement l’effigie sacrée, mais aussi des œuvres d’art qui parlent avec la voix de la contemporanéité : les reliefs d’Alessandro Monteleone, le Chemin de Croix sculpté par Pasquale Panetta, les vitraux colorés qui représentent la lumière comme une promesse.

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Quand, au mois de septembre, la Sainte Vierge descend en ville, l’Eremo se vide d’une présence, mais pas de son sens. Et en novembre, quand l’effigie retourne entre ses murs, tout recommence. Les marches de l’escalier deviennent un rosaire, la montée une prière en chemin. C’est là, dans le silence de l’altitude, que les habitants de Reggio retournent la chercher dans les mois qui séparent une fête de l’autre. Une visite, une bougie, une larme. Personne s’en va sans lui avoir parlé.
La Basilique de l’Eremo est l’endroit où la Mère repose. Mais là-haut, nous le savons bien, elle ne dort jamais.

Le mois de septembre à Reggio a le parfum du myrte et de la cire. Mais surtout, dans ses rues résonne le pas cadencé des porteurs de la Vara, le brouhaha des fidèles, les cloches qui annoncent le jour tant attendu de la Discesa (i.e. la Descente).
Cela arrive chaque année, le deuxième samedi de septembre. À l’aube, lorsque la ville commence à remuer dans son sommeil, on entend déjà un murmure monter la colline de l’Eremo. Des gens qui arrivent pieds nus, en signe de dévotion. Des gens qui n’ont pas dormi, à cause de l’émotion. Il y en a des milliers, chaque année, comme une rivière qui a appris à couler toujours vers la même source.
Le tableau sacré quitte sa demeure pour descendre parmi le peuple. Ce n’est pas seulement une procession, mais une rencontre. C’est l’histoire qui devient chair, à chaque fois. On raconte que tout a commencé en 1636, pendant une terrible épidémie. Le peuple avait fait un vœu : « Nous amènerons la Vierge en ville, si elle nous libère de la peste ». Et c’est ce qu’elle fit. Depuis lors, septembre est le mois du merci. Le mois du miracle qui se renouvelle.

Il y a un moment, lors de l’interminable étreinte entre la ville et sa Patronne, où l’émotion devient une course. C’est la Volata (i.e. la Volée), la dernière partie de la procession, quand les porteurs, épuisés et en sueur, mais avec le cœur en flamme, serrent leurs dents et, sous le poids de la Vara, affrontent au pas de course l’espace qui sépare le début de Piazza Duomo de l’escalier de la Cathédrale.
C’est un geste qui défit la raison, mais qui parle au plus profond de l’âme. Car la Volata n’est pas simplement une course : c’est une offrande. C’est l’acte final, le dernier don à la Consolatrice. C’est la démonstration extrême d’un amour qui ne s’épargne pas, qui se consomme jusqu’à la dernière goutte d’énergie. Et quand la Vara arrive, entre les applaudissements et les larmes, la respiration de tous semble se retenir pour un instant. C’est fait. La Mère est de retour.
Mais la fête n’est pas finie. Le mardi suivant, comme à vouloir prolonger l’enchantement, Notre-Dame de la Consolation parcourt encore une fois Corso Garibaldi, entre deux haies de personnes qui se serrent pour la saluer. C’est un au revoir plus léger, plus intime. Ensuite, le tableau retourne à la Cathédrale, où il reste jusqu’au mois de novembre, entouré de lumières, fleurs et d’une ville qui se serre autour d’elle comme un fils dans le sein de sa mère.
En novembre, un autre moment solennel a lieu : la fête de la Présentation de Marie au Temple. C’est à ce moment-là que la Sainte Vierge prépare son retour sur l’Eremo. Et c’est alors, avec la procession de la Salita (i.e. la Montée) que la Mère retourne à la Basilique de l’Eremo. Ainsi la boucle est bouclée. Ainsi se renouvelle chaque année ce mystérieux dialogue entre ciel et terre qui lie Reggio à sa Consolatrice. Un cycle d’amour qui ne connait point de fin. Mais cela, comme on le sait bien, est une autre histoire. Une autre émotion.

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Quand Notre-Dame de la Consolation monte-t-elle sur l’Eremo ?

Si la Discesa est synonyme de fête, la Salita est prière. Plus intime, plus silencieuse, et pourtant pas moins intense. La montée a lieu le dimanche après le 21 novembre, comme un adieu chuchoté à voix basse, entre la mélancolie de l’automne et l’espérance qui accompagne chaque retour.
La procession part lentement, presque timide. La ville, qui seulement deux mois auparavant l’avait accueillie avec cris et applaudissements, salue maintenant sa Sainte Patronne avec les yeux qui brillent et les mains jointes. C’est un adieu qui pèse sur le cœur. Mais c’est dans la dernière partie que tout change. La route grimpe vers le haut et, avec elle, la Vara, les porteurs, les chants qui se brisent dans la gorge. Chaque pas devient un acte de foi, chaque respiration une offrande. Personne ne parle, mais tout le monde ressent la même chose : cette ascension appartient à eux tous. Chacun participant, comme la Sainte Vierge, affronte tous les jours une ascension abrupte. Une fatigue, une douleur, une renaissance.
Quand on atteint l’Eremo, le temps semble s’arrête. L’air sent l’encens et les feuilles mouillées. Le tableau est accueilli par les frères, replacé sur le maître-autel. Et les fidèles, beaucoup d’entre eux avec les larmes aux yeux, restent là, en silence. Parce que dire adieu à sa Maman, même si seulement pour quelques mois, n’est jamais facile. Mais de là-haut, sur la colline, la Consolatrice continuera de regarder vers la mer. Et vers tous ses fils bien-aimés.

Combien pèse la Vara de Notre-Dame de la Consolation ?

Ceux qui ne l’ont jamais vue, ne peuvent peut-être pas imaginer. La Vara n’est pas simplement une structure. C’est un temple qui marche. Un autel en mouvement. Un monument à la foi collective. Réalisée entre 1824 et 1831, la Vara monumentale est un chef-d’œuvre d’art dévotionnel : une feuille d’argent repoussée sur un cœur en bois, sculptée et ciselée avec minutie, comme il sied à ce qui doit contenir le sacré. D’une hauteur d’environ cinq mètre et décorée de détails qui racontent la gloire et la douleur, le char dévotionnel atteint un poids total de 1.400 kilogrammes. Une tonne et demie qui n’effraie pas, mais honore. Oui, une tonne et demie de beauté et de dévotion.
Pour la transporter, il faut au moins soixante hommes. Les Porteurs de la Vara, qu’on les appelle. Mais ceux qui connaissent la tradition savent qu’ils sont bien plus. Ils sont dévots, fils, frères, pères. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’un héritage : « Mon grand-père la portait. Mon père la portait. Maintenant, c’est mon tour ».
Pendant la procession, ils se relayent avec des gestes étudiés, presque chorégraphiques, mais chargés de respect. Chaque remplacement est un rituel. Et quand arrive la grande montée de l’Eremo, l’effort devient héroïque. Les jambes tremblent, les mains serrent fort les barres, et la ville entière retient son souffle.
Mais personne ne fait marche arrière. Car ce poids, après tout, c’est le poids de l’amour. Et l’amour, on le sait, ne pèse jamais assez.